Europan 13 · Eco-operative

Azenha do Mar · Alentejo · Portugal

Espaces publics, requalification de la place centrale
et du chemin de randonnée Rota Vincentina
Construction de trois coopératives 
Construction de logements modulaires adaptables
Architectes
B-S Architecte et LAC Architecture
Superficie
2.5 ha
Population
128 habitants
Ecooperative à Azenha do Mar - Axonométrie générale du village

Comment concilier développement et préservation dans un territoire où les équilibres écologiques et économiques demeurent fragiles, à l’échelle d’un village ?

Le projet prend appui sur le déjà-là, tant dans ses dimensions sociales et culturelles que dans ses réalités physiques. Il s’inspire des structures collectives existantes, valorise les savoir-faire locaux et privilégie les ressources disponibles sur le territoire. Attentif à la topographie, au patrimoine bâti et aux milieux naturels, il propose un scénario de développement fondé sur la densification progressive du village, portée par un projet social associant directement ses habitants.

Aujourd’hui, la coopérative de pêche constitue le socle économique et identitaire d’Azenha do Mar, dont elle représente la principale source de revenus. Le projet propose d’étendre ce modèle coopératif aux différentes activités nécessaires au développement de la communauté : pêche, agriculture, construction et tourisme. Ces structures sont fédérées autour d’une coopérative d’habitants, conçue comme une mairie participative et un véritable lieu de décision collective, où se définissent les orientations et les projets du village.

Implantée au cœur d’un paysage littoral exceptionnel, la communauté envisage le tourisme comme un levier de développement. Le projet cherche à en faire une ressource partagée, en proposant un modèle alternatif, écoresponsable et solidaire, fondé sur les échanges entre habitants et visiteurs. La Rota Vicentina, itinéraire de randonnée qui longe le village à la crête des falaises, constitue un support privilégié pour cette nouvelle dynamique. Les lieux de vie collective viennent s’installer le long de cet axe, en balcon sur l’océan, tandis que l’implantation des différentes coopératives organise la traversée du village et renforce les liens entre ses activités.

Cette dynamique collective est appelée à transformer progressivement la structure du village et à accompagner sa densification. Plutôt que d’introduire un modèle urbain exogène, le projet s’appuie sur la trame existante pour valoriser les espaces publics et privés, tout en développant de nouvelles possibilités d’habitat. Cette évolution repose sur deux modes constructifs complémentaires, fondés sur les ressources et les savoir-faire locaux.

Le premier privilégie la terre crue, mise en œuvre selon la technique du pisé, particulièrement adaptée au territoire et attestée par le patrimoine bâti de la région. Le second mobilise les ressources sylvicoles, sous la forme de panneaux ossature bois préfabriqués pour les constructions de petite échelle et de structures poteaux-poutres et charpentes pour les équipements collectifs de plus grandes dimensions. Ces systèmes constructifs s’appuient sur deux ressources locales, l’eucalyptus et le liège, dont la valorisation permet d’ancrer davantage le développement du village dans son économie territoriale.

Cette démarche s’étend à la question énergétique, avec une réflexion sur le recours aux énergies bas carbone et aux dispositifs low-tech, privilégiant des solutions simples, robustes et adaptées aux ressources du territoire. L’exploitation de l’énergie hydraulique par un moulin à eau, l’utilisation du vent au moyen d’une éolienne ou d’un moulin à vent, ainsi que la mise en place de systèmes d’irrigation gravitaire sont autant de pistes explorées. Ces dispositifs, fondés sur les ressources naturelles et les conditions géographiques locales, visent à réduire la dépendance aux infrastructures énergétiques conventionnelles tout en favorisant l’autonomie de la communauté. Leur mise en œuvre constitue également un support de transmission des savoir-faire et d’expérimentation collective.

Au sein de la coopérative de construction, les techniques constructives sont expérimentées et transmises à travers des chantiers participatifs, notamment pour répondre aux nouveaux besoins en hébergement. La complémentarité entre des noyaux pérennes en pisé et des structures légères permet de concevoir des logements hybrides et évolutifs. Leur configuration peut s’adapter dans le temps, en fonction des besoins des habitants, des opportunités de construction et des moyens financiers disponibles. Les espaces peuvent ainsi s’agrandir ou se réduire sans remettre en cause l’organisation fondamentale du bâti.

Plus qu’un projet figé, cette démarche propose un cadre évolutif dans lequel les habitants deviennent les acteurs de la transformation de leur environnement. En articulant organisation collective, valorisation des ressources locales, autonomie énergétique et souplesse constructive, elle esquisse les conditions d’un développement maîtrisé, capable de préserver les singularités d’Azenha do Mar tout en accompagnant les aspirations de sa communauté.